vendredi 30 juin 2017

OBLIGATION VACCINALE ?


Ce billet n’a pas pour objectif essentiel de traiter de l’intérêt de tel ou tel vaccin. Il s’agit avant tout de partager des réflexions sur le fait d’en imposer un certain nombre puisque la ministre de la santé mûrit la question.

D’où je parle ?

Je parle de ma place de médecin vaccinateur qui tente d’avoir une réflexion la plus indépendante possible.

De quoi je parle ?

De la possibilité d’élargir l’obligation vaccinale qui concerne actuellement trois vaccins (diphtérie, tétanos, polio) à onze vaccins (les trois actuels + coqueluche, haemophilus, hépatite B, pneumocoque, rougeole, oreillons, rubéole, méningite C).

La difficulté du sujet ?

Aborder ce sujet est terriblement difficile du fait de la volonté manifeste de caricaturer malhonnêtement la réflexion en opposant deux mondes qui existent pourtant bel et bien :

-le monde des anti-vaccins qui vous taxent de rouler pour Big Pharma dès que vous avancez le moindre argument pourtant solide pour défendre l’intérêt d’un vaccin.

-le monde des vaccinateurs tous azimuts qui parlent toujours de LA VACCINATION sans nuance et qui vous clouent au pilori des antis dès que vous émettez un doute voire une simple réflexion sur l’intérêt d’un vaccin en particulier.

Entre cette dichotomie, tente de naviguer à vue une majorité de citoyens et de professionnels de santé beaucoup plus mesurée et nuancée incapable de se faire entendre.

En 2015, la ministre de la santé d’alors lançait que la vaccination, ça ne se discutait pas. Avait-elle déjà en tête la conclusion de la concertation citoyenne mise en place quelques mois plus tard, laissant pourtant entrevoir que finalement, la vaccination pouvait se discuter un peu ? Apparemment, les différents groupes de la concertation ont échangé, discuté, pour aboutir à certaines préconisations mais comme dans de nombreux domaines qui dépassent largement le thème vaccinal, ce sont les experts qui ont tranché et remporté la mise. Merci les membres des groupes de travail, vous êtes bien braves. Ainsi, les experts recommandent d’élargir pour un temps l’obligation vaccinale au moment où le conseil d’État demande au ministère de mettre tout en œuvre pour rendre le vaccin obligatoire DTP disponible au moment où de toute façon les carottes sont cuites pour la ministre qui passe le flambeau à l’actuelle ministre qui réfléchit mais laisse entendre qu’elle penche du côté des experts. Si vous m’avez suivi jusque-là, bravo ! On voit que le contexte est compliqué et bourré de paradoxes là où le sujet mériterait clarté et transparence.

Alors revenons à notre place.

Moi, médecin vaccinateur, que penser et comment aider les familles que je reçois à penser ?

Prenons un exemple me semblant peu controversé, le vaccin recommandé mais possiblement bientôt obligatoire contre la bactérie haemophilus influenzae de type b.

De mon expérience, je n’ai jamais entendu des parents me dire : « Nous sommes contre le vaccin haemophilus influenzae ! »

A ma connaissance, il n’y a pas eu de suspicions autour de ce vaccin.

Et comme il est associé avec d’autres au vaccin DTP, il est seulement recommandé mais de fait quasiment imposé.

Cette vaccination semble acceptée alors que peu de parents en connaissent l’intérêt.

On peut discuter de tout, tout remettre en cause, voir le mal partout, mais d’après cette courbe, on comptabilise de nos jours beaucoup moins de méningites à haemophilus influenzae de type b chez les enfants de moins de cinq ans. Il se peut que le vaccin y soit pour quelque chose. Il y a ce que cette courbe semble dire et tout ce qu’elle ne dit pas.

Je sais que les courbes, les indicateurs, les statistiques chapeautent tout, surtout quand ils viennent des experts. Mais je persiste à penser que l’expérience des petites gens de terrain est un élément à prendre en compte. J’ai exercé quelque temps dans un service de pédiatrie où l’on accueillait également les urgences. Je n’ai pas vu un seul cas de méningite à haemophilus. Je n’ai pas vu non plus une autre pathologie potentiellement grave liée à ce germe et que la courbe ne mentionne pas : l’épiglottite. On peut me rétorquer que ce que je n’ai pas vu dans un service sur un laps de temps donné n’est pas suffisamment fiable pour en tirer la moindre conclusion. OK, je prends. J’ai échangé à des temps séparés de plusieurs années avec des pédiatres hospitaliers exerçant dans des CHU diamétralement opposés en France. Ils disaient ne pas avoir vu de cas d’épiglottite depuis très longtemps. D’autres expériences plus longues et ailleurs que la mienne semblent mener au même constat. Je n’oserais en tirer la moindre conclusion, je laisse le lecteur libre de penser voire de s’exprimer en commentaire.

Simple réflexion : cette vaccination ne semble pas soulever trop de suspicions, elle semble bien acceptée même si cela est biaisé par le fait qu’elle soit en réalité imposée, elle me semble avoir des bénéfices pour peu de risques. Son obligation officielle changera-t-elle radicalement les choses si ce n’est radicaliser les anti-vaccins de tout poil ?

***

Autre exemple un peu plus controversé : le vaccin contre la rougeole inclus dans le ROR (rougeole, oreillons, rubéole).

A la différence du vaccin précédent, celui-ci permet de lutter contre un virus. Comme le vaccin précédent, c’est un vaccin recommandé. Mais non lié au DTP, il s’agit véritablement d’un vaccin recommandé dont on peut appliquer la recommandation. Ce n’est pas un vaccin recommandé imposé. Mais il est ou serait en passe de devenir obligatoire.

Je propose tout le temps ce vaccin. Malgré les suspicions rôdant autour de ce vaccin et l’autisme, je rencontre très rarement de refus.

Voilà donc un vaccin simplement recommandé, sur lequel le trouble est jeté mais qui ne me semble pas être massivement rejeté par la population que je reçois.

Pourtant, certains experts ont un autre discours. Par exemple, le Professeur Chast n’hésite pas à affirmer dans les colonnes du Parisien  :

«Quand il n'y a pas d'obligation vaccinale en France, on ne vaccine pas. Il faut en passer par là pour obtenir des résultats.»

Voici quelques données intéressantes bien plus fiables que ma modeste expérience de médecin non expert :


D’autres données de couverture selon l’âge ici


Je sais que les experts souhaiteraient un taux de couverture plus élevé, supérieur à 95 %. Mais de là à affirmer que sans obligation en France, on ne vaccine pas, c’est un peu prendre les patients comme les médecins pour des jambons.

Il est vrai que la rougeole a tué des enfants en France. C’est un argument qui fait réfléchir la ministre sur l’extension de l’obligation vaccinale.

Entre le 1/01/2008 et le 31/12/2016, dix enfants sont morts de la rougeole. Dix morts en huit ans.
On ne parle ici que de la mortalité, il y a évidemment aussi les complications à prendre en compte.

Parlons froidement de la mortalité. Posons-nous la question suivante : quelle est la première cause de mortalité des enfants de moins de 15 ans en France ?


230 décès chez les moins de 15 ans parmi les 15 à 20 000 décès annuels.

S’il faut réfléchir à rendre obligatoire le vaccin contre la rougeole qui a tué à 10 reprises en 8 ans, alors que pourrions-nous imposer pour éviter les 230 décès annuels d’enfants causés par les accidents domestiques ?

Allons plus loin.
Le tabac tue 79 000 personnes par an en France soit 216 décès/j ce qui en fait la première cause de mortalité évitable.

Quant à l’alcool, c’est 49 000 morts par an et 1 200 000 malades.

Un seul ministre de la santé a-t-il déjà réfléchi à interdire le tabac et l’alcool ?

Et les maladies cardiovasculaires, je vous laisse aller chercher le nombre de morts, pourrait-on envisager l’obligation d’exercice physique pour les prévenir ? Pourrait-on envisager l’obligation à la prise des médicaments pour éviter qu’elles ne s’aggravent chez ceux qui en souffrent ?

N’est-ce pas dans cette logique-là où l’on souhaite nous entraîner ?

Je suis modeste médecin non expert, je propose des vaccins, je pratique des vaccins, l’extension de l’obligation vaccinale faciliterait mon quotidien et me ferait gagner du temps.

Malgré tout, je crains que cela radicalise et gonfle les rangs des antis tout en glorifiant des experts suffisamment pédants ainsi et loin de la réalité de terrain. Quant à l'effet sur les esprits nuancés, je le vois proche de zéro.

En 2017, je crois surtout que notre société a passé ce stade d’infantilisation et que pour lutter contre les morts prématurées, il y a d’autres priorités à réfléchir. 

Pour réfléchir à l'obligation vaccinale ailleurs, vous pouvez piocher chez :

-Docdu16 : ici ainsi que dans la série de CMT sur le sujet.

6 commentaires:

  1. Bonjour Sylvain
    Je partage ta façon de penser.
    Penser.
    N'est-ce pas là le problème pour les promoteurs de l'obligation?
    Quand il y a obligation penser est interdit.
    Devant un feu rouge est-il permis de penser le franchir? Non c'est interdit car il est obligatoire d 'attendre le feu vert.
    L'obligation vaccinale s'est l'interdiction de penser,de réfléchir sur la balance bénéfice/risque.
    Il ne faut pas chercher plus loin.
    L'avis d'autorité doit prévaloir sur toutes formes de réflexion

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  2. En Belgique, pays où je vis, il n'y a que la polio d'obligatoire. Pour aller en crèche en francophonie, par contre, il y en a 8 (qui font 9 en pratique) d'obligatoire, dont le H.influenzae et le RRO d'ailleurs. Je dois avouer que je trouve que cela a un sens. Les bébés en crèche partagent beaucoup leurs microbes et ont une immunité pas encore au top. Si vous gardez votre enfant à la maison, ben, à vous de décider.
    Ce n'est pas coulé dans une loi.
    C'est une alternative.
    En Flandre, rien n'est obligatoire, mais leur taux de couverture est beaucoup plus élevé, je ne sais pas exactement pourquoi (et c'est dans ce sens là, ce n'est pas obligatoire, parce que le taux souhaité était déjà atteint), c'est probablement culturel, une histoire de culture latine et germanophone, mais ce serait quznd même intéressant de creuser, ce que je n'ai pas fait.

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  3. Bonjour, je ne suis pas médecin, encore moins expert, seulement une grand-mère avec 2 petits enfants en bas âge. Le 1er vacciné dans les délais a présenté un état léthargique quelques jours après son vaccin, il était pendant plusieurs semaines comme en "régression". A près de 2 ans 1/2 il ne parle toujours pas, en dehors de ceci il est apparemment "normal". Le 2ème né en février 2017 n'a encore reçu aucun vaccin. Cette obligation vaccinale à 11 vaccins me fait très peur. De mon modeste avis je pense qu'il a une mauvaise interprétation ou formulation qui a fait réagir les pro-vaccins. Là où les gens pensent je ne veux pas qu'on vaccine mon enfant, ils auraient du dire je ne veux pas qu'on injecte les adjuvants qu'ils contiennent. La seule parade qu'on trouvé nos dirigeants (sans doute bien coachés par l'industrie pharmaceutique) est de nous imposer cette chose incroyable qui est d'injecter tous ces poisons à des nourrissons.
    Même si pour cela il faut aller à l'encontre de la législation Européenne. C'est terrible.

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  4. Je suis pour cette obligation car il faut voir à quel point les antivaccins sont organisés. Ils vont porter "la bonne parole", distiller le doute sur tous les forums de parents, d'allaitement etc. Ils conseillent de changer de médecin à chaque visite (quand les visites obligatoires sont faites), de dire qu'ils ont perdu/oublié le carnet, de falsifier le carnet (acheter le vaccin, coller l'étiquette et signer)... Pour en avoir discuter avec des amis médecins, la pédiatre de mes enfants et mon médecin traitant c'est quelque chose qu'ils voient tous les jours.
    Pour tous les enfants qui ne peuvent pas être vaccinés (trop jeunes, immunodéprimés...), pour les adultes dans le même cas ou non répondants, les personnes âgées. Quand je fais vacciner mes enfants, je le fais pour les protéger mais aussi pour protéger les autres.

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  5. "Je suis pour car les anti-vaccins sont organisés"
    Drôle de raisonnement.

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  6. Bonjour
    Personnellement je suis contre cette obligation. .En tant que citoyenne et maman je suis très en colère qu'on puisse à ce point penser à notre place...Et à la place des médecins. .Mais cela va conforter beaucoup de medecins dans une forme de toute puissance..davantage peut être les pediatres..Qui déjà pouvaient laisser croire que tous les vaccins étaient obligatoires sans nuances ...personnellement j'ai préféré aller voir ailleurs..C'est bien dommage car je n'avais rien à reprocher autrement à mon médecin traitant. .Mais son insistance à faire tout le calencrier vaccinal m'a mise mal à l'aise. .
    Vraiment à vouloir trop insister on risque...De faire fuire les parents...
    Nos doutes sont peut être pas toujours justifiés mais ils sont là et ce n'est pas en les bayonnant que cela va s'arranger...C'est vraiment important que chaque medecin puisse garder son indépendance vis à vis de ses prescriptions si non comment faire confiancé?

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