lundi 27 mai 2013

Le jour où j'ai reçu cette lettre, la lettre n° 23...



Ce billet n'était pas prévu, mais ce sont les imprévus qui épicent la vie.


22 mai 2013 :

-7 h00 du mat:

 
Je suis de garde depuis 8 h 30 la veille, il me reste encore 1 h 30 à tirer puis suivra le staff. La nuit fut plutôt calme. Le temps est clair. Ici en Martinique, c'est un jour férié, nous fêtons l'abolition de l'esclavage décrétée le 22 mai 1848. Je décide d'en faire un tweet car je sais très bien que cette date est peu connue en métropole. Déception, aucune réponse, aucun retweet. Je me dis "alors les métros, décrispez-vous, on n'y est pour rien dans cette histoire, ça date maintenant, mais n'oublions pas pour autant, c'est aussi important voire plus que le lundi de la Pentecôte non ?". Puis je reviens à la raison. Ma liste d'abonnés est ridicule (en quantité bien sûr, parce que question qualité, elle est formidable !). Et il y a le décalage horaire, et les gens sont plongés dans leurs préoccupations, etc, etc... Je retente le coup plus tard. Pareil. Tant pis. Ma garde se termine, je rentre.

-19 h00 :

 
J'ouvre ma boîte mail. Une consœur et amie bienveillante m'a envoyé un message accompagné d'une pièce jointe. Je le retranscris ici :

"Objet : rien que pour toi !
Je ne pouvais décemment pas te laisser louper ce billet d'humeur savoureux publié par le président de l'ordre des médecins de l'Hérault... La grande classe !
On lui dit qu'il est minable ?"


La pièce jointe est la page 5 de la lettre n°23 du Conseil de l'Ordre des Médecins de l'Hérault. En détachement en Martinique pour 6 mois, je suis encore inscrit à l'Ordre de l'Hérault. Je devrais donc bientôt recevoir la lettre papier.

Je lis et j'hallucine ! Je relis, et je rehallucine !! Je rerelis, et je rerehallucine !!! C'est pas possible, il ne s'agit pas d'un billet d'humeur, mais d'un billet d'humour, une faute de frappe est vite arrivée. Bon, même pour un billet d'humour, rien de très marrant quand même.
Je réponds à ma consœur (que j'embrasse au passage) que mon mur des cons à moi est déjà plein, mais qu'elle me donne là l'occasion d'en débuter un deuxième. Je commence à me demander si finalement on ne pourrait pas recouvrir la muraille de Chine.
Puis je cogite (je ne suis pas toujours très réactif, problème neuronal sûrement).


23 mai 2013 :

-8 h00 du mat :

En route pour l'hosto, les enfants déposés à l'école, je reparle de la page 5 de la lettre n°23 avec mon épouse. Et tous les deux, on rerererehallucine. L'effet de groupe certainement. Me vient une idée. Je lui soumets. Elle me dit :"Non, laisse tomber, ça va le rendre triste". Elle a peut-être raison, ne remuons pas le couteau dans la plaie. Mais quand même, se taire ça fait chier, c'est presque être complice.

-fin de matinée :

Je relève le courrier dans ma boîte à lettres, la vraie pas la virtuelle. J'ai reçu la fameuse lettre n°23 consultable via ce site (les lettres ayant été retirées du site du CDOM 34). J'enlève le plastique et je vais directement à la page 5. Y a pas à chier, c'est vraiment écrit ça. Je lis l'édito rédigé par le même auteur que le billet de la page 5. C'est complètement dingue. Sans le nommer,  cet édito évoque le cas JC ( Jérôme Cahuzac, pas Jésus Christ hein !). Je le trouve bien cet édito, et je suis en accord avec. Il reprend un article du code de déontologie "le médecin doit s'abstenir, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci".  L'auteur de l'édito insiste sur le mot "même" et écrit "Ce petit mot de quatre lettres impose au médecin d'être irréprochable toujours et partout, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise!". La vache, ça fout la pression ça nom d'une pipe ! Les boules ! Et je me dis "mais au fait, il parle vraiment de JC ? ou de lui le bonhomme ?" C'est vrai, c'est la classe ça, c'est intentionnel de ne pas nommer JC dans l'édito, il pourra ainsi resservir dans la prochaine lettre, la lettre n°24 qui reviendra peut-être sur les propos du Dr Patrick Wolff, président du Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de l'Hérault. Bref, en attendant, que faire ? Que dire ? A qui ? Comment ?
C'est décidé, tant pis pour ma femme, je vais au bout de mon idée, j'adresse la page 5 de la lettre n°23 à Borée. Je ne sais pas ce qu'il en fera, mais s'il souhaite en faire quelque chose, je sais qu'il le fera bien et que ça aura une certaine portée. Voilà, un click et c'est parti.

-dans la soirée :

Je cogite. Ai-je bien fait ? Pourquoi ai-je fait ça ? Vais-je blesser Borée, ce médecin avec lequel je communique virtuellement depuis peu, mais que j'apprécie beaucoup ?
Moi, je suis hétéro jusqu'au cou. Allez, on est entre nous, et puis vu le vocable utilisé par mon Président Ordinal, peut-être que pour se comprendre il faut utiliser le même. Maman, Papa, Belle-Maman, Beau-Papa, désolé, c'est pas moi qu'ai commencé, c'est lui, alors j'y vais, je me lâche. Je suis hétéro jusqu'aux couilles ! Lors de mes premiers émois d'ado, ce sont les nichons des meufs qui ont fait pétiller mes roustons ! J'y peux rien, c'est comme ça, c'est la vie et ça n'a jamais changé. Mais collégien, j'ai eu un prof homo que j'appréciais beaucoup. Carabin, j'ai croisé la route de camarades carabins homos. Jeune médecin, j'ai remplacé longuement un médecin homo, j'ai eu des patients homos, j'ai reçu les enfants de couples de femmes homos. Et alors, quel est le problème ? Le problème c'est qu'en lisant la page 5 de la lettre n°23, certains visages d'hommes et de femmes sont revenus dans mon esprit. Oui je suis hétéro jusqu'aux couilles, chacun a le droit de penser ce qu'il veut, mais les mots utilisés par le Dr Wolff m'ont fait mal et m'ont semblé indignes d'un médecin qui plus est, Président d'un Conseil de l'Ordre d'un Département. Une instance veillant à la déontologie de la profession, à pacifier les désaccords entre médecins, entre médecins et patients. Oui, je pense que le Dr Wolff, du fait de sa profession et de son statut, a le droit de penser ce qu'il écrit, mais pas d'écrire ce qu'il pense. Il peut à la rigueur tenir ce genre de propos lors d'un repas de famille bien arrosé, lors d'un pot entre potes, mais pas dans une lettre ordinale. Il s'agit là d'une faute. Comment prétendre représenter le corps médical en tenant ce discours ? Je me souviens d'un Président de la République qui un jour a dit "Casse-toi pauv'con !". L'homme Sarko avait bien sûr le droit de penser ça, mais le Président n'avait pas à le dire. Lorsqu'on accède aux responsabilités, il faut prendre de la hauteur, être digne de son statut et de tout ce et tous ceux qu'on représente. Il y a des lieux de débats utiles et nécessaires, mais là on se vautre dans une sorte de combat futile et primaire.



24 mai 2013 :


7 h00 du mat :

Je me prépare pour aller prendre ma garde à 8 h30. Je jette un œil sur ma boîte mail. Borée m'a répondu et demande mon accord pour utiliser la page 5 de la lettre n°23. Non mais, comme si moi qui ne suis rien, avais à donner une telle autorisation. Et franchement, c'était justement mon petit espoir secret. J'ai un pressentiment, je sais qu'il va faire quelque chose de bien, je sais que c'est quelqu'un de bien.
Je prends ma garde. Je m'occupe des petits patients qui arrivent aux urgences pédiatriques. Entre petits bobos et grosses pathos, la journée se passe.

19 h00 :

Depuis mon poste informatique à l'hosto, je n'ai pas accès à ma messagerie. Mais lorsque l'activité me le permet, je peux aller sur Twitter. Je vois des messages de Borée passer. J'échange quelques tweets. Il annonce qu'il publiera un billet sur son blog le lendemain matin. Je le découvrirai plus tard, mais ce billet est "en avant-première" sur ma messagerie perso à laquelle je ne peux pas accéder. La nuit passe.



25 mai 2013 :


7 h 00 du mat :

Je suis un peu décalqué par ma garde, c'est bientôt fini. Et au fait, le billet de Borée. Je file sur l'ordi, c'est déjà le début d'après-midi en métropole, je découvre que Borée a fait le buzz, le buzz du buzzness man. Yes, Yes, et Yes !!! Je vois que les commentaires sur son blog et sur Twitter affluent. Les habituels, Dupagne, Lehmann, Jaddo, et tous les autres de la blogosphère. Des anonymes. Des pseudonymes. Puis des vice-présidents du Conseil National de l'Ordre des Médecins en personnes y vont de leurs petits messages de soutien à Borée. Ouf, quel soulagement ! Là-haut chez les gradés, on honore la profession.



Plus tard dans la journée :


Je n'ai rien fait mais je suis heureux. A 8000 kms, j'observe tout cela à travers mon petit écran d'ordinateur, à l'ombre d'un cocotier, en sirotant un Daïquiri sauce Hemingway (ça c'est pas vrai, c'est juste pour vous mettre l'eau à la bouche).

Voilà. Le Docteur Wolff me caricaturera sans doute comme il sait le faire comme "La taupe qui a transmis la lettre à une tapette". Bon, je n'ai pas mis longtemps à sortir de ma galerie même si je préfère l'ombre à la lumière. Sauf que, sauf que non. C'est pas comme ça que ça marche, c'est pas comme ça que je pense. Je ne suis pas une taupe, cette lettre est consultable par tous, il n'y a rien de confidentiel. Et je ne suis pas aveugle, mais je ne savais pas vraiment comment m'y prendre pour ouvrir les yeux. Alors j'ai passé la main. C'est ça la médecine non ? Savoir passer la main à plus compétent. Le seul reproche que l'on peut me faire, c'est de ne jamais être allé voter aux élections ordinales. Mais tout cela me semble tellement flou, et n'être que de petits arrangements entre amis. Ce n'est qu'un sentiment surtout pas une affirmation. J'espère avoir tort. Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille d'aller lire les pages 4, 5 et 6 de la lettre n°19 de mai 2011. Vous pourrez y découvrir des propos tout aussi HALLUCINANTS (à dire façon Fabrice Luchini SVP). Mais cette fois-là, il me semble que le Président Wolff a su être digne de sa fonction. Que s'est-il passé en deux ans ? J'imagine que le site internet du CDOM de l'Hérault n'a jamais reçu autant de visites que ces jours derniers. Les curieux auront remarqué le portrait de Rabelais sur la première page du site. Le CDOM de l'Hérault se situe dans la belle ville de Montpellier qui abrite également la plus ancienne faculté de médecine en activité au monde. Parmi d'autres portraits, on trouve sur les murs de cette faculté celui de Rabelais, médecin, humaniste... Je ne crois pas vraiment aux forces de l'esprit, mais sait-on jamais, si l'esprit de Rabelais venait à rôder par-delà nos tergiversations, je l'imagine bien s'agacer de ne point pouvoir prendre sa plume pour nous mettre d'accord avec simplement quelques mots bien trouvés. J'espère en revanche que le Dr Wolff n'hésitera pas un seul instant à prendre la sienne pour de belles excuses publiques, il n'est jamais trop tard.

En cette fin d'après-midi, je pense à cette date du 22 mai 1848, à la liberté des esclaves. A l'époque, on entendait probablement certains colons blancs dire "Regardez ces nègres, hier ils étaient enchaînés, aujourd'hui ils sont déchaînés. Ils ont peut-être gagné leur liberté, mais nous ne serons jamais à égalité".


Je repense ensuite à ce 22 mai 2013, lorsque j'ai reçu la page 5 de la lettre n°23...


Enfin, j'imagine qu'on entendra toujours ce genre de discours de comptoir : "Moi raciste, mais non, j'adore les étrangers, d'ailleurs le petit cousin de la femme de ma tante est Suisse. Par contre, j'avoue que les noirs, eux c'est pas pareil, je les aime pas trop. Moi homophobe, mais non, aucunement, c'est juste les pédés que j'aime pas trop..."


Le soleil se couche sur la mer Caraïbe. Je fixe l'horizon là où mer et ciel se rejoignent tout en restant éternellement séparés. Un couple impossible. Les alizées me caressent la peau. La moiteur de la journée se dissipe. Je suis ému aux larmes. Ma vue se trouble, finalement ciel et mer s'accouplent, mon esprit  s'éclaircit.

Vive la liberté, vive l'égalité, vive la (con)fraternité.





PS : dura lex, sed lex ? Pour certains plus que pour d'autres, mais même, c'est la loi...

2ème PS : juste pour info, toutes les femmes n'allaitent pas...




vendredi 10 mai 2013

Désert... Vous avez dit désert ?

Avant-propos


L'écrit qui va suivre est susceptible d'irriter voire d'ulcérer certaines personnes alors que son objectif est tout autre. Comme tout médecin, je sais que mieux vaut prévenir que guérir (même si c'est pas toujours vrai). Bref, dans ce cas précis, je préviens. Je ne veux surtout pas négliger les difficultés que rencontrent mes confrères qui exercent dans des zones déficitaires en offre de soins (en campagne comme dans certaines villes), je leur tire même mon chapeau et admire leur courage.  Je souhaite simplement apporter un autre regard sur le sujet des déserts médicaux.



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Quelques titres et phrases glanés dans la presse ici et là: 



"Déserts médicaux : se fédérer pour panser le manque de soins" 
"C’est l’une des premières interrogations lorsqu’on emménage. Nos administrés se demandent, avant de savoir s’il y a une école ou une boulangerie, s’ils trouveront un médecin, une pharmacie proches de leur domicile"
"Signal d'alerte : la campagne en mal de médecins"
"Des secteurs entiers du Midi redoutent d’être privés de soins de proximité."

"L’alerte.
Les jeunes généralistes rechignent à prendre la relève, si rien ne change, des populations seront privées de soins de proximité"

"Lutte acharnée contre les déserts médicaux."
"Déserts médicaux : le Sénat veut encadrer la liberté d'installation"

 « Nous avons trop longtemps laissé les professions de santé gérer seules leur démographie. Il est temps d'agir et de faire des choix. » Nicolas Sarkozy, le 18 septembre 2008.


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Dans un village gaulois reculé, deux vieilles papotent :



- Ma pauvre Germaine, tu sais pas la dernière ? Le Docteur Maboul, v'là qui va prendre sa retraite. Et d'après ce qu'on dit, y a personne pour le remplacer. Ah les jeunes ! On va être nous aussi dans un désert médical comme y disent dans les journaux. Le Jean-Pierre Pernaud, il en a encore parlé à midi au poste de télévision.
-Oh ben Simone, j'va t'dirrre une bonne chose, ça m'fait une belle jambe. Moé, j'l'avo jamais ben aimé c'toubib, avec sa tête de pie. Et pis sa feumme, so pas pour ren qu'elle est parrtie. J'sais ben qu'elle s'est jamais faite à la vie à la campagne, un p'tiot village de 300 âmes, so pas pourrr une grrrande dame d'la ville. Mais j'crroés surrtout qu'c'est pas un drrôle le m'sieur. Moi, j'irro comme toujourrs voérr mon p'tiot docteurr du bourrg d'à côté, 10 minutes quand so ma fille qui m'y mène en auto, 20 quand so mon Gérrrard en tracteurrr, so ren du tout.
(Les fautes, c'est pas vraiment des fautes, c'est juste un peu du patois morvandiau vingt diou !!!)




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 Désert... Vous avez dit désert ?

Comme souvent, les titres de presse angoissent. Les phrases choquent, cognent. Elles interpellent,  attisent la curiosité du passant. C'est ainsi, il faut vendre. Mais cela reflète-t-il la réalité ? Tu sais, c'est un peu comme lorsque la neige s'abat sur Paris. Si tu regardes, lis, ou écoutes les journaux, tu as l'impression que la France entière est paralysée sous la neige. Lorsqu'il pleut dans le Sud et que certaines zones sont inondées, tu as l'impression qu'à partir de Lyon, la moitié sud de la France c'est Venise. Pour les déserts médicaux, j'ai un peu l'impression que c'est pareil non ? A en croire les journalistes, la France serait un énorme gruyère truffé de déserts médicaux. Et on sous-entend souvent que ces déserts ne concernent que la médecine générale...
Que nous montre cette petite conversation de trottoir entre Simone et Germaine ? Simone est inquiète car son médecin traitant installé depuis des décennies dans son village de 300 habitants part à la retraite sans être remplacé. Comme elle l'a vu dans les journaux, elle pense qu'elle aussi va bientôt vivre dans un désert médical. Au contraire Germaine elle s'en contrefiche car elle a toujours son médecin du bourg à dix minutes en voiture, vingt en tracteur. On peut donc imaginer que finalement Simone ne sera pas dans un désert médical puisqu'elle peut trouver un médecin à dix minutes de chez elle. Mais cela ne l'empêchera pas de penser avec angoisse qu'elle vivra prochainement dans un désert médical. Et ce phénomène doit probablement être pris en compte. Il y a les véritables déserts médicaux que personne ne peut nier. Et il y a le sentiment de vivre dans un désert lorsque le médecin du village part alors que premièrement d'autres médecins sont installés dans le bourg voisin et que deuxièmement, il n'aurait peut-être jamais dû s'installer là. Ben oui, il faut bien admettre qu'à une certaine époque, même si ça paraît inconcevable aujourd'hui, les médecins étaient trop nombreux et certains sont allés s'installer dans des petits villages parce qu'il n'y avait pas de place ailleurs. Alors quand ils partent, ça fait un vide, oui, mais est-ce pour autant un désert ? Encore une fois, je répète que je ne cherche surtout pas à négliger le fait qu'il existe de véritables déserts médicaux, mais jusqu'à preuve du contraire, et surtout, pour contrer ce que laissent croire certains titres de presse, concernant la médecine générale, ils ne sont pas si nombreux que cela à l'heure actuelle. Mais ça fait vendre. J'ai aussi un peu l'impression que pour les élus et les ministres, c'est un sujet "bankable". Ben oui, quand la main sur le cœur tu affirmes d'une belle envolée lyrique que tu vas combattre les déserts médicaux, tu apaises les angoisses provoquées par la presse et tu ne peux qu'en tirer des bénéfices, ça te rapporte des voix ce sujet-là c'est sûr. C'est un peu comme quand tu dis que tu vas lancer la guerre contre le chômage, ou t'atteler à faire repartir la croissance, ben ouais !!! C'est chouette, youpi ! Allons-y !   Mais entre la presse, les on-dit, et les politiciens, où trouver la définition de ce fameux désert médical ?

*****

PUB


Petite pub pour souffler un peu, on se retrouve juste après OK, ne zappe surtout pas :

 -Papa, c'est quoi cette bouteille de lait ? PAPA ! C'est quoi cette bouteille de lait ? Papa, c'est quoi un désert médical ?

-Eh bien c'est tout nouveau, c'est une bouteille de lait longue conservation UHT, elle conserve au lait tout son bon goût et en plus, elle se revisse. Il suffit de demander...."

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C'est bon, t'as soufflé ? T'es allé faire ton petit pipi ? On peut y retourner ?

Donc à défaut de donner une définition précise d'un désert médical, on résume très souvent la chose ainsi  : c'est un endroit où il n'y a plus de médecins généralistes. Et ça c'est assez drôle. Oui, oui, je dirais même que c'est assez hilarant. Pourquoi ? Parce que régulièrement dans la presse, les MG on les charge de tous les maux. Ils prescrivent trop de ça, pas assez de ça, ils s'occupent mal de l'obésité, prennent mal en charge les troubles de la mémoire, ne dépistent pas correctement le risque suicidaire chez les ados, mais leur prescrivent trop d'antidépresseurs et n'importe comment. Et j'en passe et j'en passe. Bien sûr les journalistes n'inventent rien et relaient tout simplement le discours d'un grand PUPH, ou d'un membre de l'académie de médecine. Mais c'est pas tout, le trou de la sécu, c'est les généralistes, trop d'arrêts de travail, c'est les généralistes, le problème de la permanence des soins, c'est les généralistes, trop d'antibiotiques, c'est les généralistes. Mais supprimez-les nom d'une pipe et tout ira mieux !!! Ils sont dangereux ces types-là, si tu vas chez eux en bonne santé, t'as limite de la chance d'en sortir indemne... Et franchement ils coûtent cher !!! Pour résumer, ils sont nuls, ils coûtent cher, mais finalement, oui finalement, en y réfléchissant un peu, on aimerait bien qu'ils soient partout et tout le temps, c'est drôle non ? Heureusement, il y a un truc qu'est vraiment sympa, c'est que malgré tout ce qu'on leur met sur le dos, il se trouve que les français leur font confiance et les plébiscitent. Malgré tous ces messages négatifs, les patients ont cette faculté de discernement. Ils se rendent bien compte que ce qui est dit dans les journaux ne correspond pas au docteur qu'ils vont consulter, et ça, ça fait chaud au cœur. Beaucoup de politiciens rêveraient de tels scores de popularité. Ils sont jaloux !!! Je te le dis, ils sont jaloux. Non blague à part, derrière le sujet des déserts médicaux revient souvent l'idée de la coercition, c'est à dire qu'on imposerait aux jeunes généralistes d'aller s'installer dans ces fameuses zones déficitaires. Son ombre plane depuis plusieurs années. Dans certains endroits, l'Etat a démissionné, des services publics de proximité ferment, mais on a le toupet d'envisager et de resservir régulièrement aux médecins généralistes "libéraux..." ( on rediscutera de ce qualificatif ultérieurement)  cette histoire de coercition. Un jour c'est un député qui veut faire parler de lui et faire plaisir à ses électeurs, un autre jour c'est au Sénat qu'on en parle, et même, oui même qu'un jour, c'est carrément le Président du Conseil National de l'Ordre des Médecins qui y est allé de sa petite musique coercitive. Finalement, il a rapidement baissé d'un ton puis changé de partition mais pour combien de temps ? Oui parce que la coercition rampe petit à petit dans les esprits. On fait semblant d'essayer de régler le problème, on essaie de diviser et à la fin on dira "vous voyez, on a tout essayé, ça ne marche pas, vous n'arrivez pas à vous entendre, donc maintenant on n'a plus le choix, il faut passer aux mesures coercitives". Pourquoi je dis qu'on divise ? Parce que c'est vrai. On essaie de diviser médecins et patients "regardez ces nantis à qui la société paie des années d'études et qui en contrepartie refusent d'aller s'installer en zones déficitaires", on divise les jeunes des vieux médecins "Ah dans le temps les médecins bossaient tout le temps et s'installaient partout", on incrimine la féminisation "ben avec toutes ces femmes médecins, évidemment ça va plus". Non mais franchement faut pas déconner, la féminisation de la profession est un formidable atout (je suis un mec et c'est sincèrement ce que je pense). Donc on fait tout pour tenter de diviser le corps médical, certains syndicalistes, et même certains médecins n'hésitent pas. Même le père Pelloux n'y va pas toujours de main morte avec ses confrères généralistes. Ben oui depuis le coup de la canicule qui date maintenant, de temps en temps il faut bien qu'il fasse parler de lui l'oiseau ( L'ouyat en patois morvandiau). Pendant ce temps-là certains élus cherchent des solutions miraculeuses, et parfois ils nous en sortent des bonnes qui sont tellement bonnes que soit tu pisses de rire.... soit tu pleures... Un jour, une élue a lancé l'idée de faire appel aux vétérinaires dans les zones déficitaires. Je sais, tu es en train de te dire que j'ai fumé. Eh bien non, non et non,  je ne fume pas, même à l'insu de mon plein gré. Je t'assure que c'est la vérité vraie. Même que c'est l'adjointe responsable des questions santé au maire de la ville où j'ai fait mes études qui nous l'a sortie celle-là. Je peux te dire que ce jour-là je ne l'ai pas trop ramenée et je n'ai pas été très chauvin. Ben faut pas pousser mémé dans les orties moi je trouve, parce que demander aux vétos  de soigner les gens des campagnes, c'est un peu vache... c'est même les prendre pour des ânes... nom d'un chien !!! Je ne sais pas pourquoi mais je sens que tu ne me crois toujours pas, avoue. Bon OK, tu l'auras voulu, alors j'enfonce le clou, clique ici si tu veux vérifier. Tu vois, je te l'avais bien dit, soit tu pisses de rire soit tu pleures. Bon, je suis pas trop fier de moi parce que j'ai chargé à gauche. Pour pas couler, je vais charger un peu à droite maintenant car on fait guère mieux tu sais. Rappelle-toi la mère Roselyne quand elle était à la Santé pendant cette histoire de grippe  H1N1. Elle nous expliquait qu'il fallait limiter les regroupements de foules pour éviter la dissémination du virus en même temps qu'elle nous demandait d'aller tous nous faire piquer dans ses vaccinodromes. Tu vois elle aussi elle nous a considérés comme du bétail à nous faire tourner en bourrique. Mais Miss BachelotRette, c'est pire, car étant ministre, elle pouvait tranquillement mettre ses idées à la con en application. Alors je dois bien t'avouer que lorsque le père Hollande a été élu, j'ai un peu serré des fesses en attendant de voir qui prendrait le ministère de la santé.  Le Guen, c'était trop évident (je parle de Jean-Marie, pas de Pat du Club Dorothée faut pas trop déconner non plus). Alors j'avais un peu la trouille que comme il s'était tellement présenté comme normal le François, il allait lui péter l'idée de mettre l'extravagante Miss Tenenbaum à la santé. Et là, j'aurais vraiment pas été d'humeur à te dire "A ta santé mon gars !!!" parce qu'on aurait été empaillés dans de sacrées bottes de foin... Ouf, quand j'ai appris que c'était MST, j'ai desserré des fesses, c'était peut-être pas très précautionneux de ma part va savoir ?  Bon, j'ai chargé à gauche, j'ai chargé à droite, tout est OK, mon embarcation est équilibrée, je peux désormais continuer à ramer tranquillement au milieu du désert. Alors moi j'ai envie d'être un peu plus sérieux que ça et dire que quand même le problème des déserts médicaux ne doit pas être raccourci  au manque de généralistes dans certains coins de France. Oui c'est un problème, mais ce n'est qu'une partie du problème et pas la principale donc arrêtons de résumer et caricaturer. C'est vrai que c'est la meilleure façon de faire diversion, et d'oublier que depuis des décennies, gouvernants de droite comme de gauche ferment des hôpitaux et des maternités de proximité, ça au moins c'est un gros problème qu'on ne peut pas mettre sur le dos des généralistes. Oui, on ferme des petites structures sous prétexte que leur faible activité les rendrait dangereuses. Ah bon, parce que les grosses usines (in)hospitalières déshumanisées où tout se fait à la chaîne, à la va-vite, sans causer, ne le sont pas ? C'est un peu comme si on disait à un généraliste : "écoute mon vieux, tu ne vois que 15 à 30 patients par jour, ton activité est trop faible, tu es dangereux pour tes patients, donc soit tu en vois 30 à 60 pour rester au niveau, soit tu fermes". Je sais il y a un juste milieu. Je caricature un peu mais c'est fait exprès, juste pour faire réfléchir et dire que dans nos hôpitaux, nos gouvernants, technocrates, gestionnaires, ont zappé le fait que la médecine n'est pas qu'un acte technique, c'est un acte de soin, une relation entre un soignant et un patient... Il suffit d'aller voir ce qui se passe dans les hôpitaux locaux (je parle ici des hôpitaux locaux que certains appellent hospices de vieux voire mouroir). Ce sont d'ailleurs presque toujours des généralistes qui les font tourner dans les petites bourgades où les personnes souvent âgées peuvent être hospitalisées à proximité de leur famille, ainsi ils sont encore un peu chez eux. Ils y passent quelques semaines, quelques mois, plusieurs années, voire la fin de leur vie. On n'y voit pas d'IRM, ni de PET Scan. On n'y fait pas de la médecine de haute technicité, quoique, c'est bien souvent ici que médecins et soignants sont confrontés au difficile exercice des soins palliatifs. Ce type de structures à taille humaine est indispensable à préserver. Tu vas me dire "mais y a plus de médecins généralistes pour y bosser", mais si mais si, t'inquiète pas. Organisons correctement les choses, délestons-les de toutes ces paperasseries pour leur laisser plus de temps médical, tu verras qu'ils sont encore en nombre plus que correct.   Il y a encore des généralistes, répétons-le haut et fort : IL Y A ENCORE DES GENERALISTES EN FRANCE !!! Certes, dans certains endroits c'est tendu, compliqué,  mais c'est encore plus compliqué de trouver des spécialistes. Ah ben oui, on n'en a pas trop parlé d'eux, pourtant, ils sont très concernés par le problème des déserts médicaux, on leur demande pas à eux d'aller s'installer là-bas. On leur dit pas "ben alors les jeunes spécialistes, faudrait peut-être bien faire comme les vieux et aller s'installer là-haut à 200 bornes de ta fac". Cela fait  des années qu'on s'est timidement offusqués de trouver autant de dermatologues en région PACA que dans toute l'Angleterre. Pourtant ils savent mieux que personne qu'il n'est pas conseillé d'aller se faire dorer la pilule au soleil. (Je sais, si t'es dermato dans le sud, je t'irrite un peu, mais je suis moins irritant que le soleil, et je peux t'assurer que tu es beaucoup moins irrité et bousculé que si tu étais médecin généraliste, continue tranquillement de t'occuper des grains de beauté de mémé fausse blondasse de la côte, et prends lui un bon dépassement au passage, bisous bisous !!! ).   Tu vas dire que moi aussi je divise, mais non mais non, je constate, c'est pas pareil. Ben oui, le sujet des déserts médicaux, c'est d'abord l'offre hospitalière qui s'est délitée, c'est ensuite l'accès à certains spécialistes qui devient compliqué et enfin, en troisième et queue de peloton, c'est certaines zones déficitaires en généralistes. Et ça c'est pas souvent dit dans les médias, ni par les ministres. Regarde le plan de l'actuelle ministre de la santé : pacte territoire santé. C'est très axé sur la médecine générale donc ça ne répond pas à l'ensemble de la problématique des déserts médicaux donc ça ne marchera pas donc à la fin on dira "désolé les gars, vous voyez, on a tout fait, ça n'a pas marché, donc les jeunes généralistes, allez-y, au turbin dans le purin, on ne discute plus". Je m'avance, je m'avance, je critique. Bon il faut que je rééquilibre. Alors, on peut tout de même lui reconnaître cette qualité de dialogue à notre ministre de la santé. Lorsqu'un groupe de médecins blogueurs a lancé des propositions : Privé de désert (les mots comme ça en couleur c'est pour cliquer dessus et voir ce que c'est, ben oui, on n'est pas tous au même niveau sur le net alors je préfère préciser) elle n'a pas hésité à les rencontrer et à dialoguer avec eux. L'initiative était belle et noble, l'écoute de la ministre intéressante et encourageante. Mais la ministre posait le problème des déserts médicaux quasiment par le seul angle des zones déficitaires en généralistes alors que nous venons de voir qu'il ne s'agit que d'une partie du problème et pas la principale, tout du moins pour le moment. Malgré ses qualités d'écoute et de dialogue, il est dommage de voir qu'une ministre ne prenne pas un problème dans sa globalité.  Et en face, les propositions de "Privé de désert" me semblaient plus répondre à la question fondamentale d'une revalorisation voire d'une réforme en profondeur de la médecine générale. Et là, à mon humble avis, on peut discuter des propositions, mais je pense sincèrement que le problème posé par les médecins blogueurs était le bon. Incontestablement, il y a un problème d'attractivité de la médecine générale dans notre pays dont les déserts médicaux ne sont que les premiers symptômes. Soit on fait comme Madame la  ministre : on tente d'administrer un traitement symptomatique, en sachant qu'on ne s'attaque pas à l'ensemble des symptômes (mais c'est peut-être intentionnel pour faire passer autre chose après...). Soit on est beaucoup plus ambitieux en tentant de traiter une partie de la cause comme l'ont proposé les médecins blogueurs. Ces médecins dynamiques et talentueux ne sont peut-être pas adjoint au maire spécialiste des questions de santé dans une grande ville, néanmoins leurs propositions me semblent plus cohérentes et surtout elles ne divisent pas. Bravo et merci les gars et les filles. Evidemment, elles ne sont pas suffisantes puisque rien ne se règlera tant qu'on ne s'attaquera pas à l'ensemble du problème. Mais ça, c'est justement un petit peu le boulot d'un ministre et de sa tripotée de conseillers qui comme leur nom l'indique sont là pour le conseiller. Alors les conseillers, allez-y nom d'une pipe, ne vous censurez pas, conseillez la, vous êtes payés pour ça je crois !

Voilà, si tu es encore là, c'est que tu n'es pas ulcéré. Tu dois pourtant un peu te dire : "il est bien gentil ce petit connard, mais à part critiquer et blablater avec 2 ou 3 jeux de mots has-been, il ne sort pas beaucoup de chiffres à l'appui et ne propose rien". Ben excuse vieux mais souvent les chiffres, ça gonfle. Si tu en veux quelques-uns, alors OK, let's go my friend. La France compte environ 345 médecins (généralistes et spécialistes) pour 100000 habitants. L'Espagne 395. La Grèce plus de 600. Non mais c'est juste pour discuter puisque tu as voulu des chiffres je te les donne. OK les Grecs, ça va pour eux, je sais, ils sont au bord du gouffre, même au fond en fait, mais tout va bien puisqu'ils ont plein de médecins... A contrario, les Hollandais (ceux qu'habitent aux Pays-Bas donc rien à voir avec ceux qui sont en France sous Hollande tu piges ?), donc aux Pays-Bas, on a environ 280 médecins pour 100 000 habitants, en Angleterre 274, et au Québec 213. J'ai pas franchement l'impression que l'espérance de vie soit catastrophiquement moins élevée dans ces trois derniers pays que la nôtre mais à vérifier par précautions. Ben ouais, ça craindrait de dire n'importe quoi quand même. Alors vérifions, vérifions,  les chiffres, il faut s'en méfier, rendons à César ce qui est à César car je ne sors pas de la cuisine de Jupiter comme disait le célèbre philosophe Coluche pour ne pas le nommer. Encore un petit chiffre au passage, l'Organisation Mondiale de la Santé fixe à 250 soignants pour 100 000 habitants le seuil critique médical. Soignants ça veut dire médecins + infirmières + sages-femmes. Tu vois ça fait du monde. En France, on est à 376 soignants. Je sais pas si c'est suffisant mais ça me semble faire un peu de marge, 126 de plus que le seuil critique de l'OMS. Je sais, tu te dis encore qu'il est bien gentil, mais on sait qu'il y a suffisamment de médecins en France, le problème c'est leur répartition sur le territoire. Oui, oui, oui mon ami. Concernant la médecine générale, moins de 5 % de la population gauloise serait dans un désert médical, donc plus de 95 % ne le serait pas, les boules !!!! Elle serait entre 15 et 20 % concernant la médecine spécialisée (oui je sais les généralistes sont devenus des spécialistes, mais il faudra au moins un siècle pour que ça passe dans les mœurs...). Voilà, tu voulais des chiffres, je t'en donne. Va vérifier si tu le souhaites et à toi de te faire une idée maintenant. Si t'es encore angoissé de ne pas pouvoir accéder facilement à un cabinet de médecin généraliste, ben va voter pour celui qui te promet qu'il va faire disparaitre les déserts médicaux, tuer le chômage, relancer la croissance, c'est ça la démocratie mon gars. Mais j'espère que désormais tu auras un regard légèrement différent si on te ressert ce plateau. Tu te souviendras peut-être de quelques idées de "Désert... Vous avez dit désert ?"

 La prochaine fois, je sais déjà plus ou moins de quoi je te parlerai, mais j'ai pas envie de te le dire.
Avec tout mon profond respect.